Jours 29, 30, 31 et 32 : Twin Bridges, MT / Dillon, MT / Bannack, MT / Jackson, MT

En quittant le havre pour cycliste de Twin Bridges, tout semble réuni pour que la journée nous réconcilie avec ces facétieux dieux du vélo: une petite étape, peu de vent, le ciel bleu, une route peu fréquentée et pour parachever le décor : les paysages « Sergio Leoniens » du sud du Montana. 

Malheureusement ce qui devait être une communion avec nos pédaliers se transforme rapidement en calvaire. Le vent qui n’était pas convié à la cérémonie s’invite et comme très souvent, il gâche la fête ! Nous arrivons à Dillon, la destination du jour, épuisés.  

sur la route de Dillon

 
Dillon est une petite ville universitaire réputée pour avoir d’excellentes formations dans le domaine de l’environnement. Nous sommes attendus chez Joshua, un étudiant en littérature qui souhaite devenir écrivain. Nous avons pris contact via le site Couchsurfing.

Nous passons la soirée à refaire le monde sous son porche, profitant de la (trop rare) douceur printanière. Comme souvent depuis le début de ce voyage la discussion dévie sur le terrain politique. Joshua nous explique pourquoi selon lui Bernie Sanders est le meilleur candidat pour l’Amérique.  

Joshua l’ecrivain en herbe

 
Nous passons la nuit installés dans le salon de notre hôte. Nous partageons la pièce avec deux cochons d’Inde… Comme le dirait si bien Notre Jacques Chirac national: « Ajoutez à cela le bruit et les odeurs, les cyclistes français deviennent fous » 😉 

La matinée suivante est monopolisée par une arrêt au supermarché et à la laverie. Il est près de 14h lorsque nous terminons. Délicat de prendre la route si tard. Il y a un terrain de camping au bord de la rivière en périphérie de la ville sur notre chemin. Nous décidons de nous y installer pour la nuit.  

campement au bord de la rivière

 
Comme d’habitude depuis le début de notre aventure, le camping est quasiment vide et nous disposons de toute la place que nous souhaitons. Très sympathique le gérant nous fait même une réduction sur le tarif déjà très bas. Nous montons le camp juste à côté du cours d’eau et nous laissons bercer par les flots pour le restant de cette journée de repos.  

Pour l’étape suivante, nous nous dirigeons vers le parc régional de Bannack. Le vent semble vouloir se faire pardonner d’avoir ruiné les festivités deux jours plus tôt. Il est bien présent mais cette fois il nous pousse. Nous lui devons d’ailleurs l’ascension du col Badger. Un col raide dont la difficulté est accentuée par la piètre qualité de l’asphalte. 

Nous gagnons Bannack en fin d’après midi. Il s’agit là aussi d’une ancienne ville de prospecteurs d’or, définitivement abandonnée dans les années 70 et transformée en parc régional. Le temps s’est figé à Bannack, on peut y voir comment vivaient les gens de la région au XIXe siècle et au début du XXe. La bourgade est également réputée pour avoir été la première ville à pendre son shérif, un homme corrompu par des gangs de hors la loi… Que voulez-vous, c’est le far West ici ! 

l’ancien temple massonique de Bannack

 
Nous aurions bien passé la nuit dans l’une des confortables maisons bourgeoises abandonnées, malheureusement c’est totalement interdit. Nous passons donc la nuit au bord d’une petite rivière des environs. Une nuit pluvieuse mettant à l’épreuve l’étanchéité de nos tentes. Le test est positif, la réputation du matériel allemand est sauve. 

C’est sous la pluie que nous quittons notre campement. Ce taquin de vent qui nous avait poussé la veille nous souffle au visage. Ou plutôt devrais-je dire: nous « éternue » au visage, compte tenu de toutes ces averses. 

Au premier village que nous croisons, nous décidons de nous arrêter. Jackson un petit hameau de 51 habitants. Il y a un hôtel avec des sources d’eau chaude. Pour 15 dollars nous avons le droit de camper dans le jardin, d’avoir accès aux piscines thermales et un petit déjeuner le matin… C’est ça ou continuer encore 30km le vent dans la face et sous la pluie. Nous décidons de… Rester !

Nous faisons la rencontre de Ty. Un jeune père de famille qui vient de Portland dans l’Oregon (côte pacifique). Il a pour projet de rejoindre Portland dans le Maine (côte atlantique). Ty arrivait de l’ouest, lui aussi a été découragé par les intempéries. Apparemment il neigeait dans sa direction. Pour une fois que nous n’étions pas dessous. 

Nous passons la soirée au chaud, autour du bar de l’hôtel, à partager des anecdotes de routard tout en dégustant de la bière locale. Ty est le genre de personnage à vous faire prendre conscience que les hommes sont malheureusement loin d’être égaux. Alors que nous peinons encore à faire 70km en une journée, il nous parle de tous ces cols qu’il a passé sans difficulté et ces étapes de plus de 200km qu’il enchaîne.  

en compagnie de « Iron Ty « 

 
Notre ami d’un soir bien que sympathique m’intrigue. Habituellement les « héros » du vélo sont des gens plutôt humbles et à l’écoute des autres. Des demi-dieux de la petite reine dont vous ne pouvez deviner les exploits que si vous leur soutirez les informations. Ty est tout le contraire. Il passe son temps à nous montrer des relevés de son compteur, tentant de nous impressionner toujours un peu plus. 

La nuit passe, il est 9h du matin, le cycliste bionique est encore là. Il profite de la télé dans le lobby de l’hôtel. Je lui demande s’il ne devrait pas déjà être sur la route. Après tout, même pour Lance Armstrong, 170miles ça ne se fait pas en 2h. Il me dit qu’il roulera un peu de nuit et que ça ne le dérange pas. 

Benoit et moi commençons à plier nos baguages. Ty vient finalement nous souhaiter bonne route. Il est sur le départ. Bon vent cher Ty ! Que l’esprit de la roue t’accompagne. 

Quelques minutes plus tard, alors que nous sommes en pleins préparatifs, un Pickup vient à notre rencontre et son conducteur nous salue poliment. Il nous demande si nous avons bientôt fini et ajoute qu’il « chargerait » dès que nous serions près. « Charger ? … Que veut-il charger ? » Nous demandons nous. J’aperçois une pile de bois un peu plus loin, je demande donc au barbus du pickup s’il s’agit de cela.

– « Mais non, vos vélos ! » Nous répond l’homme.

– « Nos vélos ?!! »

– « Vous êtes bien Ty Dawson ? » me lance notre interlocuteur »

– « Ahhh… Non, nous sommes d’autres cyclistes. Ty est déjà parti ». 

– « Parti ?! Mais ce n’est pas possible, je dois le prendre avec moi et le déposer à Dillon !  » nous rétorque le chauffeur.

– « Allez voir devant, j’imagine qu’il doit vous attendre ». 

Le cyborg du vélo, le superman de la pédale était en réalité bien humain. Point de superpouvoirs ni d’huile de moteur dans les veines, mais bien de la chaire, du sang… Et parfois un peu de vanité et de mensonges.

Après tout il n’y a rien de mal à faire du stop de temps en temps. Nous l’avons déjà fait et le referons très certainement. En revanche, écraser les autres, prétendant faire plus de 200km par jour à la force de ses cuisses alors qu’en réalité un véhicule vient discrètement vous récupérer… Hmmm c’est moyen. Comme quoi, il y a une justice. Notre Batman… Que dis-je, notr Christophe Rocancourt du guidon est démasqué ! 

C’est l’esprit plus léger que nous reprenons notre route, toujours plus au nord, à travers ce magnifique Montana. 

qui a bien pu passer dans ces geoles ? Billy le kid ? Jesse James ?

  

l’ancien hotel de Bannnack. Malheuresement pas de chambres pour nous

 

combien de duels ont eu lieu dans cette rue ?

     

Retour à l’école… il y a 100 ans

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6 réflexions sur “Jours 29, 30, 31 et 32 : Twin Bridges, MT / Dillon, MT / Bannack, MT / Jackson, MT

  1. Plus vous avancez, et plus vous semblez vous enfoncer dans une Amérique à la John Ford, sans Macdo et sans Wallmart. C’est une partie du voyage qui vous fait traverser le temps autant que le Wyoming ou le Montana. Back to the past. Il reste donc des territoires entiers fidèles à leurs cartes postales. Des territoires comme une mémoire, des espaces comme une archive, celle d’un temps que rien ne dictent que les humeurs du ciel. Oui, c’est un étrange voyage, loin des voies qu’empruntent les bikers en quête de cette Amérique  » so amazing  » des cicatrices sublimes de sa morphologie, un voyage de pèlerins arpentant une terre désertée, magique sans grandiloquence, puissante et austère, que rien ne défigure et qui ne se livre qu’au prix du blizzard et du vent. C’est un voyage de silence et de lente méditation que je lis sous tes mots Pierre, de ces voyages qui élèvent le regard très au-delà de l’émotion immédiate. Les kilomètres parcourus ne mesurent rien quand ils ne sont plus que l’obsession d’un record. Cet  » Iron Ty  » semble s’être trompé de voyage. Pas vous. Bisous à vous deux.

    • C’est très nine bien dit.
      En tout cas je ne sais pas si Ty s’est trompé de voyage, disons qu’il a essayé de nous trompé… Alors que sincèrement on en a rien à cirer de ses KM parcourus ou non. Au final c’est lui même qu’il trompe. La route continue pour nous en velo et peut être même en pickup 🙂

  2. Succulent cet épisode ! ( en tout cas pour moi, lectrice 😊 )
    Entre cette météo qui m’aurait fait abandonner au premier coup de vent arrosé ( oui ! Je l’avoue pas tres courageuse, le vélo pour moi c’est sous le soleil ou rien 😏 ), cette bourgade Bannack qui donne envie d’y flâner ( merci pour les photos ) et ce sportif de pacotille Ty…….
    Décidément c’est vous les hommes bioniques 😉
    À chaque paragraphe, une surprise ! Très agréable de suivre vos ( mes)aventures !

    • Merci Brigitte. Oui, Bannack est à faire, c’est très sympa comme ambiance. Le Montana en général gagne à être connu. Pour l’instant mon état favoris de l’ouest avec le Colorado.

  3. Le vent de face, le vent de face…. la manoeuvre est un peu facile: c’est une tentative pour nous dissuader de venir pédaler du côté du Montana. Je vois ça d’ici, mu par le goût du partage mais soucieux de préserver l’endroit qui doit garder son authenticité et ses secrets, vous convoquez toutes sortes de fléaux: les cow-boys armés, le blizzard vraiment méchant, la neige en pagaille, la météo qui fout le camp et …. le vent de face. Trop tard, on a envie de venir.
    D’ailleurs qu’est-ce qui nous retient ?
    En fait, le vent de face, peut-être …

    • Haha comme je peux comprendre. Malheureusement ce n’est pas une chimère mais une plaie bien réelle, un peu comme un ami un peu trop collant dont on ne peut se défaire

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