Jours 91, 92, 93, 94, 95, 96 et 97

Nous voici donc à Percé, lieu touristique incontournable de Gaspésie. Considéré comme le San Francisco du Québec dans les années 60 et 70, Percé était le point de rendez vous de la jeunesse hippie. Des membres du FLQ (Front de Libération du Québec) y avaient également leur repère dans de vielles cabanes de pêcheurs désaffectées. Nous décidons de rester une journée complète dans la petite ville afin d’apprécier ses falaises, son fameux rocher, sa microbrasserie, ses bonnes boulangeries et cet océan atlantique qui nous donnerait presque l’impression d’apercevoir les côtes Bretonnes au loin. On serait quasiment tenté de retourner sur le vieux continent par la voie des mers, en embarquant sur l’un des nombreux voiliers qui lèvent l’ancre pour voguer jusqu’à Saint Malo. 

Percé, pointe de la Gaspésie


Percé c’est la pointe de la péninsule. En quittant le village nous entamons la dernière partie de la boucle. Fini les côtes interminables atteignant des records d’inclinaison, selon les autochtones « après ça ce sera les vacances » : Des plages, des falaises, les montagnes des Appalaches en fond de décor… Et la célèbre baie des Chaleurs, bras du golfe du Saint-Laurent constituant une frontière naturelle entre les provinces du Nouveau-Brunswick et du Québec. Son nom vient du fait que Jacques Cartier, lorsqu’il l’a découverte, a noté que des brumes la couvraient. De là à croire que ses eaux étaient chaudes… Cela dit, il est vrai qu’elles sont plus propices à la baignade que dans la partie nord de la région. 

La côte sud est plutôt anglophone contrairement au reste de la péninsule. Aussi nous traversons des villages aux noms plus « américanisant »: Chandler, New Carlisle, New Richmond, Carleton… Jusqu’à finalement atteindre le village de Pointe-à-La-Croix, dernière bourgade de la baie des chaleurs. 

une plage de la baie des chaleurs


Il ne nous reste alors plus que deux jours de route avant de remonter pour boucler ce tour de Gaspésie. 180km, non plus le long des côtes mais à travers la vallée de la Matapédia au milieu des terres. 
Les conditions météorologiques des derniers jours nous ont entamé le moral et il nous tarde désormais d’en finir. Nous ne roulons plus pour le paysage ou par passion du voyage mais pour achever ce que nous avons entamé il y a trois mois. Un peu à la manière d’un élève qui aurait terminé de rédiger sa dissertation mais qui prend le temps de conclure et de soigner la présentation. Notre copie est en effet prête à être rendue, il s’agit maintenant d’y mettre un point final. 

Pour ces deux dernières sorties à vélo, les hautes autorités célestes vont une ultime fois nous mener la vie dure en nous envoyant du froid de la pluie et un terrible vent de face. Jusqu’au dernier coup de pédale ce voyage se fera dans la lutte contre les éléments. 

À environ 20km du point d’arrivée nous croisons ma mère et un couple d’amis venus nous encourager. S’il était prévu de le retrouver à l’arrivée, les voir ici est une surprise. Ils se proposent d’abréger nos souffrance et de nous prendre avec eux dans le véhicule. Nous nous regardons avec Benoît, très tentés par cette offre. Je lance alors à mon acolyte : « c’est la voiture-balais Ben !! ».

Pour la petite histoire, lorsque nous étions enfant, Benoît et moi avions participé à un rallye de VTT. Nous avions 10 ou 11 ans et étions très fiers de faire comme les « grands ». Toutefois, alors que nous grimpions péniblement la dernière côte du parcours, la voiture-balais propose de nous prendre. Certes cela soulage le cycliste qui peine à avancer mais il est par la même occasion disqualifié. Après hésitation nous cédons finalement au chant des sirènes et n’avons finalement jamais eu la fierté de pouvoir dire « nous avons fait la course avec les grands en entier ».

L’histoire ne se répétera pas ! Chers amis, c’est très gentil d’offrir de nous emmener, nous sommes ravis de vous voir, mais nous terminerons. 20km et nous sommes à nouveau face au Saint Laurent, à l’endroit exact où nous nous trouvions dix jours plus tôt. 
Nous achevons donc ce dernier tronçon de la « Route Verte » Gaspésienne, très réputée auprès des cyclotouristes du monde entier et parfois même considérée comme la « Reine des Véloroutes ». 1200km intégralement parcourus à la sueur de nos mollets. 1200km venant s’ajouter aux 2000km effectués dans les Rocheuses. 3200km qui font désormais partie de notre histoire et de notre vécu. 

Pas de microbrasserie pour célébrer la fin de l’aventure. Ce cher Yvon a eu la bonne idée de perpétrer la tradition d’antan des vainqueurs du tour de France en débouchant une bouteille de beaujolais. Nous trinquons à cinq face au majestueux Saint Laurent, même le soleil refait son apparition pour l’occasion, lui qui s’est si souvent montré discret. Sans rancune l’ami. Ainsi s’achève cette déambulation nord américaine sur les traces des premiers explorateurs et des coureurs des bois, nous conduisant des Rocheuses au golfe du Saint Laurent. Comme dirait si bien Brassens : « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage ». 

l’aventure se termine


la microbrasserie de Carleton

… dont nous testons la réputation

un dernier regard sur les falaises de Percé

ambiance rétro

bronzage cycliste

dernier coucher de soleil Gaspésien

la vallée de la rivière Matapédia

Sainte Flavie, point final du voyage

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Jours 87, 88, 89 et 90 : Grande-Vallée, QC / Gaspé, QC / Percé, QC

Après avoir vaincu le monstre de Gaspésie nous décidons de prendre une journée de repos à Grande-Vallée, l’occasion aussi de voir la finale de l’euro dans le pub du coin. Nous ne sommes que trois à nous intéresser au match de « soccer », le reste de l’assistance est concentrée sur le tournoi de balle-molle local (baseball en Français québécois). L’équipe de Grande-Vallée est apparemment en finale. Manifestement le résultat n’est pas meilleur que celui des bleus. 

De retour au terrain de camping, nous faisons la connaissance d’autres cyclotouristes : Émilie et Gaël, un couple de Genève faisant eux aussi le tour de la Gaspésie. Matt et Andrew, un père et son fils, de Boston qui parcourent la Nouvelle Angleterre et l’est du Canada à vélo. Une soirée entre cyclotouristes où l’on parle de vélo, de météo, de paysages, de dénivelé… Mais aussi de la vie en général, de son sens, ou du moins de celui que l’on veut lui donner.La discussion avec les suisses, qui venaient du sens opposé au notre, nous a permis d’en savoir plus sur ce qui nous attend. C’est en réalité aujourd’hui la journée la plus difficile, avec son enchaînement de montées et de descentes. Les pentes ne sont pas aussi longues, ni aussi raides que « la Madeleine », mais elles se succèdent, presque sans répit, sur 80 kilomètres, jusqu’à la ville de Gaspé, à la pointe de la péninsule, sur l’océan atlantique. 

Andrew et Matt. Voyage à vélo entre père et fils

Gaël et Émilie de Genève


Nous pensions avoir les jambes pour gagner Gaspé en une journée, mais épuisés, nous nous arrêtons pour camper à 20 km du « Berceau du Canada » (Gaspé étant la première ville fondée par Jacques Cartier). 

Nous arrivons à Gaspé sur les coups de midi le jour suivant. lendemain. Nous nous attendions à une petite ville chargée d’histoire, malheureusement de l’épique de Cartier il ne subsiste rien. Mis à part une place au nom de l’explorateur et un musée, rien n’y fait référence. Légèrement déçus, nous n’y resterons pas pour la journée comme prévu initialement. Nous poursuivrons notre route jusqu’à la petite plage de Sandy Beach où nous décidons de camper.Après Gaspé : Percé (et son fameux rocher) autre village important du bout de la péninsule. Les 65km qui y mènent sont similaires à ce que nous avons eu ces derniers jours : montées et descentes.

suite avec vue


Les six derniers kilomètres sont plus intenses que tout ce que nous avons connu jusqu’ici. Des pentes à 14, 15 et même 17% se dressent devant nous. Nous attaquons, l’une après l’autre, le cerveau débranché, jusqu’au sommet du pic de l’Aurore (on pourrait même dire de « l’horreur » tant l’ascension est pénible. Le fameux rocher nous apparaît alors, nimbé d’un nuage dont le soleil et le vent n’étaient pas venus à bout. 

Commence alors une descente vertigineuse en direction du village, où notre premier arrêt est… La micro brasserie locale ! La célèbre (dans la région) Pit Caribou.

En trinquant avec Benoît, nous repensons à ces quelques journées d’efforts intenses. Impossible il y a trois mois d’envisager une seule seconde faire ce que nous avons fait. Pourtant, aujourd’hui, c’est le cas. Pire que cela: nous y prenons goût. Le goût non pas de la douleur (encore que), mais de pouvoir se dire à la fin de la journée : « au putain, on a réussi à passer ça !!  

certains font la route des vins, nous ce sont les chemins du houblon !

plus de détails sur le charmant village de Percé dans le prochain article

le fameux rocher Percé

la taverne Pit Caribou. Bonnes bières, mais un cran en dessous du Malbord de Sainte Anne des Monts… plus de détails dans le guide des brasseries d’amérique du nord que nous pourrons écrire 😉

oui, nous avons du les grimper. 17% je n’avais jamais vu ça. Record absolu de ma « carrière » de cyclotouriste !! 😁