Jours 22, 23, 24 et 25 : West Yellowstone, MT / Henry’s Lake, ID / Madison River, MT / Ennis, MT

Nous quittons donc le mythique Yellowstone, un peu déçu de ne pas pouvoir y passer plus de temps. Le soleil laisse place à un ciel nuageux et les prévisions météos sont peu encourageantes. Autant dire que notre niveau de motivation n’est pas le même qu’en arrivant deux jours plus tôt. 

Lorsque l’envie n’y est pas, tout vous semble laborieux. Les premiers miles le sont d’autant plus que nous devons revenir sur nos pas sur une bonne vingtaine de kilomètres. 

Alors que nous reprenons notre souffle sur le bord de la route, un pickup s’arrête. Un chien en sort, suivi d’un couple. Il s’agit de nos hôtes de Victor Idaho (Gene et Jenny, une semaine plus tôt). Ils sont en route pour le parc où ils comptent passer le weekend.  

Gene et Jenny de Victor Idaho

 
Situation improbable. Au cœur de ce « far West », loin de nos familles et amis, voici que l’on croise de vieilles connaissances (oui, à l’échelle du cyclotourisme 1 semaine c’est déjà vieux). Nous ne savons pas vraiment pourquoi, sans raison objective, cette rencontre nous redonne le sourire et c’est le moral en hausse que nous reprenons notre chemin.

L’embellie n’est malheureusement que de courte durée. Physiquement et mentalement nous n’y sommes pas et le passage du col à 18kmh n’est plus qu’un lointain souvenir. Nous finissons par gagner péniblement le sommet et là encore nous faisons une rencontre inattendue. 

Un homme arrive en face. Il est sur un « fat bike » (vélo aux roues surdimensionnées) tirant une remorque dans laquelle se repose un petit chien. Il s’agit d’Art Hoag, un monsieur de 70 ans, parti de sa ville de l’Idaho pour rejoindre New York et y célébrer sa 71e bougie. Dans la bonne humeur il parcoure près de 80km par jour, son fidèle compagnon canin sagement installé à l’arrière.  

Art Hoag son compagnon sur 4 pattes

 
Plus d’excuse, après une telle apparition, on se doit de relativiser. D’autant qu’en basculant de l’autre côté de la montagne, le soleil réapparaît. Nous « volons » donc vers notre destination du jour : un camping pour pêcheurs au bord de Henry’s Lake. 

L’endroit est encore fermé pour la saison mais le propriétaire nous autorise à camper au bord du lac et utiliser toutes ses infrastructures. On se croirait le long d’un fjord scandinave. Sous le charme de cette ambiance si particulière, nous décidons d’y rester deux nuits, évitant ainsi de rouler sous la pluie la journée suivante. 

 

sur les bords du Henry’s Lake

 
Ce sont les jambes et l’esprit bien reposés nous laissons Henry’s Lake derrière nous. Une dizaine de miles plus loin, nous avons le désagréable sentiment d’être de retour quelques semaine en arrière, dans le Wyoming : le décor est aride et un redoutable vent de face glacial se lève. 

Une différence notable avec le Wyoming cependant, et pas des moindres: les côtes grimpées nous paraissent désormais plus impressionnantes vues d’en haut que d’en bas. Au début de notre périple c’était l’inverse. Preuve que notre condition physique s’améliore à mesure que les semaines passent. 

Nous progressons lentement dans ces plaines du Montana cernées par les sommets enneigés. Au dessus de nous le ciel est mitigé: d’un côté le soleil tente timidement de percer ; de l’autre, de gros nuages noirs menacent. Les dieux du vélo semblent débattre de notre sort. Les uns semblant en faveur de nous laisser passer sans encombre; les autres, plus entrains à nous punir pour avoir osé pénétrer dans ces terres sauvages. Quant à nous, pauvres mortels, nous n’attendons pas que le verdict soit rendu et nous roulons, vers notre salut ou notre perte… Mais nous roulons. 

 

roulons tout droit à notre perte !

 
Un peu plus loin, alors que notre sort ne semble toujours pas fixé, nous nous arrêtons dans un terrain de camping le long de la rivière Madison. La saison n’est pas encore commencé et l’établissement n’ouvrira que dans 2 semaines. Qu’importe, nous ne souhaitons pas y passer la nuit mais simplement se réapprovisionner en eau. La propriétaire, Rachel, nous en offre très gentiment et nous propose également de quoi manger.  

L’endroit est merveilleux, niché entre la rivière et les montagnes. Sachant ce qui nous attend lorsque nous reprendrons la route, nous ne pouvons nous empêcher de demander à Rachel s’il est possible de monter nos tentes sur son terrain et d’y passer la nuit. Non seulement nous sommes les bienvenus, mais en plus elle nous propose de dormir dans la grande salle commune du camping. Un petit édifice comprenant un salon avec une télé, plusieurs canapés, internet, une salle de bain et même une buanderie… Le tout, juste pour nous !

Il est encore tôt dans la journée, nous n’avons pas beaucoup avancé, qu’importe, il y a des signes à ne pas ignorer. Le destin voulait que nous restions ici ce jour là.

Au petit matin du jour suivant, nous sommes confortés dans notre décision de la veille en apercevant le soleil briller au dessus des montagnes avoisinantes. Plus un nuage, le vent disparu… Le calme plat, une journée pour rouler et savourer. Rachel nous offre le petit déjeuner et nous voilà repartis.  

merci Rachel pour cette belle étape

 
Pour vous imaginer cette partie du Montana, pensez aux westerns spaghetti de Sergio Leone (bien que ces derniers étaient tournés en Italie): des plaines vallonnées arides, parcourues par la rivière Madison et entourées de hauts sommets encore blancs. Rajoutez à cela un soleil de plomb et un léger vent sec.  

paysage du Montana

 

Vers midi nous nous arrêtons dans un petit magasin d’articles de pêche, espérant y trouver de l’eau fraîche et un peu d’ombre. Nous sommes au milieu de nul part, une sorte d’oasis dans le désert. Oasis au sens propre car les arbres et le petit carré de pelouse entourant le commerce sont maintenus en vie par un système d’irrigation artificiel. Nous y faisons la rencontre de Michelle et Ray, les propriétaires. Deux anciens cadres en finance qui ont quitté leur emploi pour reprendre cet endroit. 

Dès les premier échanges, nous sommes comme très souvent pris pour des « french Canadians » (pour faire simple: des Québécois). C’est apparemment mon accent nord américain avec « une touche de français » qui oriente dans cette direction… « C’est un peu compliqué à expliquer mais vous n’êtes pas très loin du compte » leur réponds-je. « Mais faisons simple, nous sommes français ! ». S’en suit alors généralement une tirade reprenant tous les mots français que nos interlocuteurs ont appris à l’école. 

Alors que nous profitons de l’ombre offerte par la terrasse du petit magasin, Ray vient s’assoir à nos côtés et entame une conversation. Il est fier de dire qu’il possède un arsenal de guerre à la maison et que si quelqu’un s’avisait de venir chercher des histoires, il est capable de tuer un coyote d’une balle en pleine tête à 300m… Tiens, ça nous rappelle ce cher RG du Wyoming. Pourtant, il nous explique aussi qu’il n’a voté que deux fois dans sa vie (59 ans): en 2008 et 2012, pour Obama, qu’il considère comme un grand président qui a fait ce qu’il a pu. Il parle également de son souhait d’accueillir des réfugiés dans le Montana (où la main d’œuvre est rare) pour pouvoir leur permettre de vivre dignement et de s’occuper de leurs familles. Ce cher Ray fini par nous dire au revoir avec une chaleureuse accolade avant de retourner à ses activités.  

l’oasis au milieu du desert

 
Une fois de plus un personnage très intéressant. À la fois ouvert aux autres et aux problèmes de ce monde, mais en même temps très ancré dans la culture western. Comme quoi l’Amérique est une nation avec une immense variété de personnalités. 

Un peu plus loin sur la route, nous faisons une nouvelle rencontre atypique : Doug. Une sorte de hippie d’une soixantaine d’années en rébellion contre la politique de son pays. Il est en parti de Seattle en vélo pour rejoindre la Floride. Son but est, tout au long de son périple, de sensibiliser les gens sur « la manière dont le peuple se fait avoir par les politiciens aux Etats-Unis ». Notre Ami a d’ailleurs commencé à nous en parler, mais après plus de 50km dans les jambes, nous n’étions plus vraiment réceptifs. Quoi qu’il en soit, nous souhaitons bonne route à notre ami le Don Quichotte à vélo. Que les vents te soient favorables ! 

ce cher Doug le rebel

 
Nous arrivons finalement à Ennis, petite ville du Montana au style western à rendre jaloux le village cowboy de Disneyland. Nous nous arrêtons au saloon du coin pour terminer cette journée comme il se doit.

 

la route est encore longue

  

les nuages se lèvent.

  

entrée d’une propriété

  

on est dans l’ouest…

  

paysage du nord de l’europe

  

comme ça c’est clair

 
 

ce qu’on pense être parfois…


  

… ce qu’on est vraiment


PS: nous sommes contraints de rester à Ennis une journée de plus en raison de ça :

 

journée de Blizzard.

  
À très bientôt 
  

21 réflexions sur “Jours 22, 23, 24 et 25 : West Yellowstone, MT / Henry’s Lake, ID / Madison River, MT / Ennis, MT

  1. Voilà ce qui m’a plu la toute première fois où j’ai visité ce pays, et qui continue à m’amuser…… Les rencontres !
    Certains sont curieux et viennent vers toi pour savoir qui tu es, d’autres te livrent tres naturellement leurs idées et opinions; et puis certains « originaux » qui vivent comme investis d’une mission……. C’est toujours un peu « folklo » ( je ne trouve pas d’autre mot ) avec les Américains et j’adore ça !
    Avec plus ou moins d’intensité dans la rencontre, c’est ce qui fait le charme du voyage, hormis les paysages
    Par contre, je n’en reviens pas des variations climatiques à cette période de l’année 😞
    Bon courage ! Le printemps devrait s’installer pour de bon tres bientôt

    • Oui c’est ce qu’on a apprécié ces derniers jours: les rencontres. Et comme tu dis, certaines étaient très « originales ». Encore hier soir dans un bar, un type avec une barbe jusqu’au nombril qui en fait est un ingénieur de la nasa à la retraite…

      Sinon oui le climat est complètement dingue. Espérons que l’on puisse décoller aujourd’hui.

  2. Toujours séduite par les rencontres et complètement perturbée par les changements climatiques ….quand aurez vous définitivement un temps correct …
    Courage !!

  3. J’aime ces reportages..très divers.. qui parle de la vie là bas, dans l’ouest profond, de cow boys devenus sédentaires, de personnes gentilles qui ouvrent leur porte et leur cœur.
    Merci pour avoir le courage d’écrire après avoir tant de kilomètres dans les jambes

  4. Plein de belles émotions humaines …c’est surtout ça les voyages réussis !!
    Bisous et vive le prochain article !
    Bises à vous deux!

  5. Plein de belles émotions que vous nous faites partager ! Merci ! E que les dieux de la météo soient enfin avec vous ! Courage et gros bisous!

    Envoyé de mon iPad

    >

  6. Merci pour toutes ces belles émotions que tu nous fais vivre à travers tes très agréables articles !
    Que les dieux de la météo soient enfin favorables !
    Bises et courage à vous deux !

  7. Merci pour toutes ces belles émotions que tu partages !
    Que les dieux de la météo vous soient enfin favorables !
    Bises et courage à vous deux !

  8. Tout le voyage est là, qui ne laisse jamais domestiquer.La météo fait le blizzard ou le vent dans le dos, le ciel lourd ou léger. Et toutes ces rencontres qui donnent d’autres noms à ce voyage que celui des lieux où vous vous arrêtez. Je me réjouis que tu prennes le temps de tous les évoquer, qui chacun, à sa manière, vous fait pénétrer dans l’intime de son  » Amérique « . C’est bien que tu en consignes la mémoire, car c’est aussi la grande richesse de votre voyage. Ce n’est jamais l’Amérique des news, ni celle des studios, non, juste cette Amérique pudique, celle qui ne fait pas le buzz, celle des braves gens qui ouvrent leur porte aux passants comme vous, humbles sur vos vélos, qui traversez leur terre comme pour leur dire que vous l’aimez aussi. No comment. Respect. Bisous à vous deux.

  9. Parfait ! Bon timing. Quand je me suis bien sustentée (et je remercie tout le monde pour l’occasion qui m’est donnée ici d’utiliser un tel mot) avec l’article de Wheelden; et si j’ai encore un petit creux, je peux toujours mâchouiller les commentaires, en particulier ceux de Christian, que je trouve polysémiques (re-merci c’est un mot que je n’espérais pas utiliser de si tôt) et poétiques, donc.
    Bref. Un régal.
    Et en attendant le prochain article, je rêve au menu. De quoi apprécier, finalement, une certaine sédentarité.

    • Haha comme quoi il vaut parfois mieux arriver une fois que les autres sont servis 😉
      Pour l’instant le menu des jours suivants c’est « sorbet de cyclistes » 😕 à suivre…

      • tant que c’est pas bouillie de mollets, dos en compote et pneus en neige…
        Ici, dans le Nord de la France, il fait chaud et lourd, alors, un peu de sorbet de cyclistes, c’est opportun.

  10. Le moral n à pas l air au beau fixe .reprenez courage ,le beau temps va revenir .pensez aux rencontres agréables que vous faites ,aux souvenirs que vous en garderez.c,est toujours un plaisir de vous suivre très affectueusement à vous deux bisous. .monette.

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