Jours 10, 11 et 12 : Walden, CO / Riverside, WY

Après 2 jours assez intenses, la journée de repos à Walden est plus que bénéfique. Le matin suivant, nous prenons un dernier café dans le « saloon » du village et bavardons avec des habitants du coin. Vous devez probablement vous imaginer des types avec une chemise à carreau, un chapeau de cowboy, un jean et une paire de bottes ? C’est tout à fait ça ! Comme quoi les clichés parfois… Ici la différence avec 1880 c’est probablement que les chevaux ont été remplacés par des pick-ups.

Avant de remonter en selle, l’un des cowboys nous averti qu’une tempête est en approche. Il nous conseille d’être prudent et de rester une nuit de plus. Nos vélos étant près et notre planning bien  

Près à repartir

 chargé, nous décidons d’en faire qu’à notre tête et de partir. Le soleil brille, un vent du sud souffle, les conditions semblent parfaites. 

Effectivement, on ne sent pas passer les 20 premiers miles. Le vent dans le dos nous porte, on a l’impression de voler. Nous passons par la même occasion la frontière entre le Colorado et le Wyoming et arrivons rapidement au lieu où nous avions prévu de  

 camper: au bord de la rivière Platt, sur une portion de la forêt nationale de Medecine Bow. Il est encore tôt, le vent a légèrement amplifié mais reste en notre faveur, nous décidons donc de continuer et de tenter de gagner le prochain village: Riverside Wyoming (initialement prévu pour le lendemain), une minuscule bourgade de 57 habitants. 

Près de 5 miles plus loin la route bifurque contrairement au vent qui continue de souffler dans la même direction. Ce vent qui nous portait jusqu’ici nous frappe désormais de côté. Des nuages noirs et menaçant se rapprochent à grande vitesse. Il nous reste encore 26 miles ( environ 42km) avant Riverside. La désagréable impression d’avoir pris la mauvaise décision s’empare de nous. 

Le rafales de vent s’intensifient, manquant plusieurs fois de nous projeter sur le bas côté. Il est désormais clair que nous avons fait une erreur et que dans ces conditions, nous n’atteindrons jamais Riverside. Il nous faut trouver un endroit où monter le camp sans être trop exposés aux éléments. L’ennui avec le Wyoming, c’est qu’il n’y en a pas. C’est un paysage ouvert, constitué de plaines arides, pour la plupart appartenant à des éleveurs de bétail et par conséquent où il est interdit de camper.

Benoit aperçoit dans le contrebas de la route une petite zone de quelques mètres carrés non délimités pas des barbelées où coule un petit ruisseau. Cela pourrait être une solution de replis pour la nuit. Cependant la présence du ruisseau nous inquiète. Si la tempête fait rage dans les montagnes, qui sait ce qui pourrait dévaler des pentes. Le ruisseau pourrait vite devenir torrent et notre abris de fortune serait balayé. Le ciel est de plus en plus noir, la panique et le sentiment d’être pris au piège des éléments nous envahît. 

Au premier pick-up qui passe, je lève la main, la mine désespérée. Le véhicule s’arrête. Nous demandons à ses occupants s’ils peuvent nous déposer à Riverside. Ils acceptent volontiers. Le temps de charger les vélos à l’arrière et nous voici tirés d’affaire en route pour la prochaine micro poche de civilisation. 

Là encore les clichés existent bien pour une raison. Nos samaritains ont un ranch à Riverside et se  

Aucun doute, nous sommes dans l’ouest

 baladent la carabine accrochée à l’arrière du siège. Pas question à ce moment là de leur demander ce qu’ils pensent du 2e amendement et d’Obama. 

Très sympathiques, nos sauveurs d’un jour nous déposent devant l’unique auberge du village. Une sorte de Bed & Breakfast ambiance western dans un cadre magnifique: au milieu d’une prairie bordée par une petite rivière et les montagnes  

Vue depuis la terrasse de l’auberge

 enneigées au loin. On se croirait dans une bande dessinée de Lucky Luke.

Les gérant de l’établissement, un couple de retraités: RG (Prononcer « Argie ») et Lynn sont très accueillants et nous mettent tout de suite à l’aise en nous offrant un verre et nous proposant de nous joindre à eux pour le repas du soir. 

Lynn a 75 ans, c’est une ancienne infirmière. R.G. a également 75 ans, il est né au Canada dans la banlieue de Toronto. En apprenant cela je pense alors avoir trouvé un point d’accroche en faisant valoir ma citoyenneté canadienne. Seulement voilà, mis à part  

la casquette de RG

 quelques souvenirs de glorieuses parties de Hockey étant enfant , R.G. n’a plus rien de Canadien. Il a quitté son Ontario natal lorsqu’il avait 16 ans pour s’engager dans l’armée américaine. Il a ensuite été incorporé dans les forces spéciales (oui, Rambo était lui aussi un gars des forces spéciales). Tout comme ce cher John (Rambo) notre homme a fait le Vietnam. D’ailleurs si vous lui demandez comment les États-Unis auraient pu gagner le conflit il vous répond: « en rasant tout ». Il a également fait la Corée et diverses missions un peu partout dans le monde, ce qui lui a valu de nombreuses médailles. Il a fini sa carrière comme shérif de Riverside. 
Les armes ? « Il y en a plein la maison, dissimulées dans chaque pièce » nous annonce fièrement RG. « Chaque homme et femme du Wyoming en possède et si le gouvernement veut changer cela il devra nous passer sur le corps ! ». Le monsieur a 75 ans mais est encore près à « kick some ass » (botter des fesses). Il aimerait d’ailleurs que l’Amérique en fasse autant pour regagner sa suprématie d’antant. 

La soirée suit son court, avec Fox News en fond sonore. Benoit passionné de politique entre dans la conversation et aborde les sujets de Poutine et de la Chine. Les réponses sont simples: « S’ils nous font ch***, on n’a qu’à leur pèter la g****** ! ». Moi qui avait toujours pensé qu’il était délicat de parler de politique et de religion avec les américains. Manifestement là, notre béret vert n’a aucun tabou. Inutile de préciser ce que nos logeurs pensent d’Obama, ni même quel candidat ils soutiennent pour les prochaines élections. Vous l’aurez probablement déjà deviné. 

Personnellement j’adopte la tactique diplomatique de « l’avalement de couleuvres », ou devrais-je dire « d’épées ». Je lance des regards complices vers Benoit pour que lui aussi ne dise rien qui puisse donner à RG l’envie d’utiliser ses techniques de combat rapprochés sur nous. 

Suite à ce repas « dépaysant », et en quelques sortes intriguant, car l’Amérique c’est aussi cela, nous nous retirons dans notre chambre.

Le matin suivant la tempête n’est toujours pas terminée et la neige tombe. Cette fois nous ne prendrons pas le risque de braver le vent, nous décidons de rester une journée de plus. 

 

un raton laveur se délectant du reste de la nourriture des chiens

 
Nous avons alors « l’honneur » de pouvoir visiter « l’antre » de RG, l’endroit où il entrepose ses médailles et ses armes. L’occasion également d’entendre un peu plus de propos et de « blagues » très limites de la part des 2 aubergistes, et pourtant ma notion du politiquement correct est en général très très extensible. Je ne reprendrai pas ces fameux propos, pour des raisons d’éthique que vous comprendrez. Ce blog est à la base une ode à l’aventure et aux belles rencontres. 

Cependant c’est aussi cela le voyage : des rencontres, positives et négatives. Des contrastes qui nous font encore plus apprécier le bon lorsque nous le croisons. 

Le lendemain matin, le ciel est d’un bleu parfait sur le Wyoming, le vent a cessé. Temps pour nous de repartir, toujours plus à l’ouest. 

  

LE café de Walden

 

notre chambre à Riverside

  

The revenant

  

vers de nouveaux horizons

 

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8 réflexions sur “Jours 10, 11 et 12 : Walden, CO / Riverside, WY

  1. Hey boys, là, on n’est pas dans la silicon valley. Plutôt chez Eastwood, tendance  » dans la vie, il y a deux catégories d’hommes. Ceux qui tiennent un pistolet chargé et ceux qui traversent le pays sur un vélo « . Mais bon, avec la bonbonne de gaz de Benoît, vous êtes un peu dans la première catégorie, mais quand même vachement dans la deuxième. Alors n’oubliez pas, les anciens du Vietnam, ça n’aime pas trop les mecs qui pédalent en danseuses le cul assis entre deux selles. Et là, mon Pierre, je dois saluer ton sens de la diplomatie. La taxidermie est un sujet qui ne saurait irriter l’indigène, qui passe une partie de ses loisirs à se polisher le canon, à flinguer le caribou et à empailler tout le bestiaire local. En attendant, les photos sont géniales, Benoit est de la trempe des derniers cowboys et bien sûr, l’aventure reste gouvernée par l’imprévisible et l’improbable. C’est le génie du voyage. Bisous à vous deux.

    • Oui, le voyage au sens philosophique, c’est également cela. Il n’y a pas que des Aaron qui font des À/R de 240km pour te chercher à l’aéroport. Il y a aussi des gens avec de mentalités disons « différentes ».

  2. Ton hôte, c’ est l’Amérique qui vote pour Trump, c’est l’Amérique qui fait la guerre, c’est l’Amérique profonde que l’on ne voit pas à la télé où dans le New-York Times. Quand on voit ce type de personnage, on voit ce qui a fait de cette nation, une nation de conquérants. C’est  » le côté obscure de la force » !!!! qui fait un empire!!!

  3. Ah ah ! Vous êtes fous ! 😊 ( avec la météo )
    Et oui en effet, on l’a constaté cet été…. Le Wyoming n’est pas fan d’Obama 😉

    • … Oui, c’est même un euphémisme, certains propos à son égard n’avaient pas grand choses à voir avec sa politique si tu vois ce que je veux dire🤔

  4. Fais gaffe quand même que RG ne tombe pas sur ton blog ….
    Tu risquerais d’être très mal et de finir par tenir compagnie (en tant que trophée) à l’élan (ou caribou ou autre bestiole suspendue au dessus du lit dans la chambre qui vous a accueillis).
    Show must go on !!!

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