La minute de Christian

Et la route à nouveau, et le désert encore,

Portés par l’impatience vers ce triangle d’or

Où les mots se raturent à dire ce que l’oeil voit

Improbable histoire d’eau qui laisse le coeur sans voix

Quand un chant de roches rouges s’élève à Bryce Canyon

Et trouve son plein écho aux falaises du Zion.

Au sud le Grand Canyon, infranchissable frontière

De ce triangle parfait où le gel brise la pierre,

Où le Colorado, piègé par un barrage,

Oublie le Lake Powel pour creuser son passage

Et court poursuivre son oeuvre dans le ventre d’un plateau

Dont ses eaux en colère usent le socle au marteau.

Le voyage trouve ici sa marque et sa limite

Quand le temps s’y dissout dans la mémoire confite

De ces gestes répétés par le corps ouvrier

A toujours mettre à jour l’étrange calendrier

De notre humble odyssée dans cet Ouest où des Dieux

Ont peut-être voulu dire qu’ici-bas c’est bien mieux.

Le voyage trouve ici sa raison et son sens

Quand au bout de l’effort, c’est comme une renaissance,

Quand au bout du chaos la montagne nous accouche,

Enchantés, éblouis par la grâce qui nous touche

D’un monde presque parfait, génie de natures mortes,

Mais tellement vivantes quand on en pousse la porte.

Le voyage trouve ici la force ivre de sa fin

Quand au bout de l’envie, d’un geste lent de la main,

On veut saisir l’instant, en garder le dessin,

Son esquisse maladroite, cette fraction de destin

Pour l’inscrire dans l’histoire de tous ces petits riens

Qui font le singulier des notes du musicien.

Et puis la route encore, et l’esprit vagabond,

Pour oublier l’asphalte, le muscle qui tourne en rond

Et la pensée en boucle, s’affranchit de ce corps,

Muet sous la corvée, esclave de son effort,

Il n’est plus dans l’arène à faire briller sa croix,

Il n’est plus que ces vers prononcés à haute voix.

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3 réflexions sur “La minute de Christian

  1. Et quand de l’autre bout de la terre je reçois de ton voyage au long cours les vers romancés et partagés de ta minute, parmi tous les pourquoi qui se posent, il est un « parce que » qui trouve sa place: sortir du quotidien, s’extraire du confort envahissant du chez soi et là ça se bousculerait pas pour prendre ta place sauf que, bien souvent, j’aurais voyagé par procuration sans retenir mes guiboles de faire des folies de mon corps.
    Comment va ta monture, ce vélo source de rencontres ? l’as-tu baptisé comme dans « le tao du vélo » de Julien Leblay ?
    Bon vent à vous deux, randonneurs de l’aventure, continuez à me faire rêver.
    Et à bientôt j’espère.
    Gégé

  2. bon, ben bon rétablissement. Quand ton genou sera rétabli, il ne restera que d’excellents souvenirs de cette merveilleuse aventure tellement riche sur le plan humain.
    Bise
    Nathalie

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